Il est 7 heures. En ce beau matin aux allures printanières du 29 février 2020, sous un ciel tout bleu et par une température qui dépassera bientôt les 20°, nous sommes 39 participants, plus notre guide et notre chauffeur, qui quittons Tunis par le car, à la découverte du site archéologique de Makthar et de la cité berbère de Kesra.
Nous abordons la GP1 en direction du Sud. Notre guide nous fait remarquer les installations du Port de Tunis. Au fond du golfe du même nom, dans une position stratégique abritée, la construction de la cité de Tunis a démarré au IVème siècle avant notre ère. Puis la cité s’est développée parallèlement à Carthage, dont le port, qui abritait une flotte de guerre et de transport, était directement ouvert sur la Méditerranée, ce qui le rendait beaucoup plus vulnérable. La construction du canal longeant le lac sur plusieurs kms, depuis la Goulette, pour permettre l’accès des bateaux de plus fort tirant d’eau jusqu’au port, a commencé très tôt : du temps des Romains (voir notre résumé de l’histoire de la Tunisie). L’expansion du port a été stoppée par les invasions vandales. Elle a repris au 18ème siècle grâce à la dynastie husseinite, sous Hamouda Pacha qui a lancé de grands travaux d’élargissement pour faire passer le canal à 28 m de large. Aujourd’hui, le port de la Goulette a largement pris la relève du port de Tunis. Rappelons que Tunis a été successivement numide, phénicienne, grecque, byzantine, arabe, espagnole, ottomane, française, et enfin tunisienne…
Nous prendrons l’embranchement de la route vers Pont du Fahs et rentrons dans le Gouvernorat de Zaghouan . Notre guide nous signale la présence, sur notre gauche, du site archéologique intéressant de Ben Mcherga. Il nous indique que la Tunisie regorge de sites archéologiques. On en aurait recensé près de 30 000, dont la plupart n’ont pas encore été fouillés, faute de moyens financiers. Rien que dans le gouvernorat de Siliana où nous nous rendons, il existe une bonne centaine de monuments classés par l’Institut National du Patrimoine.
Nous traversons la ville « Pont du Fahs », et le pont sous lequel coule l’oued Miliane : un mince filet d’eau qui démontre à quel point la terre, qui n’a pas connu de pluies depuis des semaines, est assoiffée. Nous sommes samedi, c’est jour de marché. Une foule dense et volubile s’agite et se répand dans le plus grand désordre. Il règne une atmosphère joyeuse. Des étals hétéroclites multiples débordent, de tous côtés, jusque sur la route.
Au fond, sur notre gauche, s’élève le djebel Zaghouan, au pied duquel est bâtie la ville du même nom. Il culmine à 1300 m, dominant la vaste plaine agricole qui l’entoure. Zaghouan est connue depuis l’antiquité. Elle est réputée pour ses sources d’une eau très pure, pour ses hammams, son eau de rose…
A partir de la cité, un célèbre aqueduc a été construit, sous le règne de l’empereur romain Hadrien, vers 122 avant notre ère, pour acheminer l’eau jusqu’à Carthage. L’aqueduc mesure 130 kms, alors que la distance « à vol d’oiseau » entre Zaghouan et Carthage (citernes de la Malga : réservoirs d’eau de 25 000 m3 qui devaient pourvoir aux besoins de la cité et de ses thermes) n’est que de 60 km. Il fallait en effet, pour mener à bien cette entreprise, tenir compte de la déclivité du sol, qui a été ramenée à 0,29. L’aqueduc, par son ampleur, par ses caractéristiques architecturales et techniques, constitue un exemple unique dans tout le Maghreb. Les sources captées, au nombre de quatre, partaient du « Temple des Eaux » de Zaghouan, édifié en l’honneur de l’empereur Hadrien, mais dont il ne reste aujourd’hui que des ruines (les statues qui l’ornaient sont exposées aujourd’hui au musée national du Bardo). En fonction de la nature du terrain, vallonné ou non, l’aqueduc est en partie, soit enterré, soit aérien avec des arches en surélévation, construites en pierres monumentales. Au fil des âges, l’aqueduc a été partiellement détruit, mais il reste encore de longues parties impressionnantes bien restaurées. Nous les longerons par la route sur plusieurs kilomètres.
Les sources, elles, sont toujours actives et le transfert de leurs eaux pour alimenter l’agglomération de Tunis se poursuit de nos jours, utilisant le même tracé. Deux entreprises exploitent également les mêmes sources, en mettant en bouteilles leurs eaux minérales très pures, que nous retrouvons dans nos magasins sous l’appellation « Aqualine » et « Cristalline ». Cette dernière entreprise est française et commercialise aussi des eaux minérales, sous la même appellation, en France.
Sur la gauche de notre route, notre guide nous indique la direction de Djebel Oust, station thermale en activité dont les qualités de l’eau chloro-sulfatée sont connues depuis l’Antiquité. Elle jaillit sur le flanc oriental du djebel où l’on va la pomper à 100 m de profondeur. Quand elle arrive dans le réseau de la station, elle est encore à 54°. Elle est réputée pour soigner les rhumatismes, pour lutter contre l’obésité, en dermatologie et pour traiter les voies respiratoires…
Zaghouan est aussi un petit site archéologique qui attend d’être fouillé.
Sur la droite de notre route, au loin, dans les environs de Siliana, notre guide nous signale le site de « Zama » , siège de la célèbre bataille de 202 avant notre ère, qui noua le sort de Hannibal, lors de la 2ème guerre punique : les armées romaines, dirigées par Scipion l’Africain assisté par le roi numide Massinissa, d’une part, les armées carthaginoises commandées par Hannibal, d’autre part, s’y affrontèrent.
Hannibal plaça en première ligne 80 éléphants, en deuxième ligne des mercenaires gaulois et ligures, en troisième ligne son infanterie carthaginoise et africaine à laquelle s’ajoutaient, en réserve, des vétérans recrutés lors de sa campagne d’Italie. Aux deux ailes, il plaça sa cavalerie : sur la droite celle des Carthaginois, sur la gauche celle des Numides, en créant un creuset central. La manœuvre prévue consistait à faire avancer les Romains à l’intérieur de ce creux central, puis à les encercler. Préférable à un affrontement frontal, cette tactique d’Hannibal est encore enseignée dans les Ecoles de guerre occidentales, jusqu’à nos jours.
Malheureusement, Scipion, de son côté, fort des enseignements de la bataille de Cannes en Italie du Sud, s’était aussi organisé. La charge des éléphants qui ouvrit le combat fut un désastre ! Dans le vacarme des clairons et des cors romains, les pachydermes effrayés se retournèrent contre leur propre armée. Chargeant leurs propres troupes, ils semèrent la terreur et provoquèrent la débandade dans les armées d’Hannibal, qui prirent la fuite. Sa défaite fut totale. Il enregistra 20 000 morts, 10 000 prisonniers et perdit pratiquement tous ses éléphants. Les Romains n’auraient eu à déplorer qu’environ un millier et demi de morts.
Carthage fut contrainte d’accepter un traité de paix désastreux. Elle perdit l’Espagne, dut livrer sa flotte et tous ses éléphants restants, payer sur 50 ans une indemnité de 10 000 talents. C’est à la suite de cette bataille que Scipion, revenu en triomphateur à Rome, reçut le surnom de « l’Africain ». Ce fut la fin de l’hégémonie de Carthage, qui perdit progressivement son pouvoir sur son territoire africain et d’une façon générale dans toute la Méditerranée occidentale.
Localement Massinissa, désormais l’allié de Rome, prit le contrôle local des terres. Hannibal quitta bientôt Carthage pour l’Orient où il finit par se suicider, en Bythinie, dans l’actuelle Turquie, en 183 avant notre ère. Plus tard, la 3ème guerre unique entraîna la destruction de Carthage, après 3 ans de siège, en 149 avant notre ère.
Nous traversons maintenant Siliana, chef- lieu du gouvernorat du même nom, ville de près de 90 000 habitants, et poursuivons désormais notre route sur Makthar.
Nous avons constaté, tout au long de notre parcours, combien l’agriculture était une ressource essentielle pour les régions que nous avons parcourues. Nous avons traversé de grandes plaines ou plateaux céréaliers portant du blé, de l’orge et, depuis peu, du colza, ainsi que des pâturages, de grandes plantations d’arbres fruitiers dont certains commençaient leur floraison, des oliveraies partout bien entretenues.
Les arbres sont, pour la plupart, jeunes, avec des forêts de pins couvrant les hauteurs. On sent qu’un grand effort de reboisement a été entrepris. Nous avons compris à quel point la terre était tributaire de la pluviométrie. La terre ne sert à rien si elle ne reçoit pas son quota d’eau…
Notre guide nous explique qu’il existe deux catégories de terres :
– celles installées sur des périmètres irrigués. Les cultures luxuriantes, les prairies où pait le bétail (moutons, chèvres et bovins,…) y sont d’un beau vert lumineux et où l’herbe a déjà grandi de plusieurs centimètres. Des tuyaux d’arrosage, ou de desserte au « goutte à goutte » des arbres, y courent de toutes parts. Seuls des agriculteurs aisés peuvent se permettre de supporter ces coûts d’exploitation élevés.
– les terres déshéritées et non irriguées qui peinent à faire subsister une vague végétation éparse, au milieu de zones pratiquement désertiques.
Cette région faisait autrefois partie de ce que les Romains appelaient « le grenier à grain de Rome ». Nous voyons de nombreux silos servant à entreposer des céréales et des aliments pour les volailles et le bétail. Les agriculteurs espèrent que le présent mois de mars apportera de la pluie. Un dicton indique que « la pluie en mars vaut de l’or », sinon la prochaine récolte céréalière sera médiocre. . .
Les paysages traversés sont variés, avec une alternance de lourds massifs montagneux, arides ou boisés, et de collines souvent couvertes de pinèdes, culminant autour de 1000 m, qui dominent, en contrebas, de vastes plaines ou plateaux séparés par quelques oueds.
Dans le gouvernorat de Siliana, les massifs montagneux sont dans la continuité du Tell au nord et de l’Atlas au sud, montagnes qui traversent l’ensemble de notre Maghreb.
« L’Atlas » qui nous arrive depuis la région de Tebessa en Algérie et qui est limité sur son flanc Est par la grande faille de Zaghouan, comporte le point culminant de la Tunisie : le Djebel Chambi : 1544m . On l’appelle ici plutôt « la dorsale tunisienne ». Il traverse le pays et va en s’abaissant jusqu’à l’extrémité du Cap Bon. Ces massifs montagneux sont le reliquat non encore érodé des calcaires tendres déposés par les mers qui recouvraient la Tunisie aux premiers temps de l’histoire…
Les massifs sont saignés par de nombreuses carrières. Nous en avons rencontré à maintes reprises, sur notre route. Elles exploitent des matériaux destinés au secteur du bâtiment, à la réfection des routes… On y prélève le calcaire, du plâtre, de la pierre marbrée, de l’argile, de la silice pour faire du verre, du sable…
Ces massifs sont généralement couverts de magnifiques pinèdes qui fournissent le « zgougou », base de notre « assida », sans laquelle il nous serait difficile de fêter dignement le Mouled.
La Tunisie, d’une façon générale, fait de gros efforts pour reboiser le pays. Notre guide nous indique que 10 millions d’arbres auraient été plantés dans le pays, au cours de ces dernières années. Nous avons bien constaté cet effort de reboisement dans les régions que nous avons traversées, avec de multiples plantations de très jeunes arbustes.

Les sommets des massifs montagneux, surtout quand ils sont dépourvus d’une couverture végétale qui pourrait limiter l’érosion (comme à Kesra par exemple, village le plus haut de Tunisie, à l’altitude de 1100 m), sont généralement encombrés d’énormes et inquiétants blocs pierreux, entourés de tas d’éboulis de pierres de tailles plus réduites. Cela ressemble à un chantier de démolition suspendu sur les hauteurs…L’ensemble des sommets non arborés se présente ainsi sous forme de multiples et lourds chaos pierreux, avec des rochers prêts à se détacher, à débouler les pentes en cataclysme, arrachant tout sur leur passage, et se précipitant pour dévaster plaines ou villages situés en contrebas. C’est assez effrayant de voir que des habitations (à Kesra par exemple) sont quand même présentes juste en-dessous….
MAKTHAR :
Nous arrivons enfin à Makthar, ville d’environ 14 000 habitants, située à 900 m d’altitude. Nous partons directement voir un mausolée de l’époque romaine, isolé au cœur de la ville neuve. Vu la taille importante du monument, il s’agit certainement de la tombe d’un personnage important. Des inscriptions en latin sont visibles, mais il n’a apparemment pas été possible d’identifier la personne enterrée là.
Le développement de la ville s’est opéré en position stratégique, en altitude, sur le rebord d’un plateau, ce qui montre qu’elle a dû jouer, primitivement, un rôle militaire et défensif de premier plan.

Le Mausolée de la ville de Makthar

Nous partons ensuite visiter le site de « Mactaris. » Ce site s’étend sur 40 hectares, dont environ 15% seulement ont pu être fouillés. Il jouxte la ville neuve de Makthar, qui en représente une sorte d’excroissance tardive, datant de l’époque coloniale.
Le nom : « Mactaris » témoigne des origines lybiques de la cité, qui comporte de nombreuses stèles funéraires remontant à cette civilisation.
Le site est habité depuis le 8ème siècle avant notre ère, comme l’atteste la présence d’escargotières fossilisées. Mais la ville aurait été fondée plus tard, au 1er siècle avant notre ère, par des colons puniques, ou numides « punicisés », qui auraient importé leur religion, comme l’atteste sur les lieux la présence d’un tophet en l’honneur du Dieu carthaginois Baal Hammon, en même temps que leur culture et les arts de Carthage.
Le premier sanctuaire est punique. Il aurait été dédié à Hathor Miskar, divinité hybride, à moitié égyptienne (il y aurait eu infiltration des dieux égyptiens dans le panthéon africain de l’époque). Plus tard, les Romains l’auraient identifié à Neptune, au vu d’inscriptions puniques retrouvées, qui évoquent « le Prince des Mers ». On lui aurait rendu un culte en l’identifiant à un sceptre. L’« autel des sacrifices » retrouvé date du 1er siècle avant notre ère. Le culte aurait continué bien longtemps après l’arrivée des Romains, puisque ce temple aurait même été reconstruit au IIème siècle de notre ère. Il sera transformé en église au Vème siècle.

Les vestiges du temple d’Hathor Miskar

Mactaris fut d’abord une importante cité numide, qui conclut une alliance privilégiée avec Carthage sous le règne de Massinissa (202-148 avant J.C.).
Elle accueillera un flot de réfugiés à la chute de Carthage (en 146 av J.C.). Massinissa et ses berbères s’en empareront en 149 av .J.C. Un certain nombre de familles locales obtiendront la citoyenneté romaine, dès cette époque.
La ville s’est maintenue et a prospéré sous la domination romaine, période à laquelle se rattache l’essentiel du patrimoine archéologique local, qui compte parmi les plus riches et les plus beaux de Tunisie. Rome lui octroie le statut de « ville libre » en 46 puis, celui de « colonie », entre 176 et 180. La ville connut son apogée aux IIème et IIIème siècles de notre ère, sous le règne de Marc- Aurèle, période qui voit s’ériger de nombreux et somptueux monuments. Elle abrita jusqu’à 10 000 habitants.
Elle déclina au IVème siècle, au moment des grandes invasions des Vandales et des Byzantins. Sous le règne de Justinien, qui vécut de 527 à 565, des fortins de protection furent construits, appuyés le plus souvent sur les édifices existants, dont ceux des « Grands Thermes ».
Au IIIème siècle, Mactaris fut un évêché chrétien. Puis au Vème siècle, elle subit le schisme du donatisme. A cette époque, elle disposait de deux cathédrales. Le déclin devint définitif au XIème siècle, lors du passage des hordes hilaliennes.
Les fouilles :
Elles démarrèrent en 1893 avec le dégagement du temple d’Hathor Miskar. Plusieurs campagnes de fouilles se succédèrent pendant la 1ère moitié du 20ème siècle, puis reprirent après l’indépendance, en 1960. Il reste encore plus de 80% du site à fouiller…

Plan du site :

Le petit musée et son jardin :
Situé à l’entrée du site, nous le visitons d’abord. Il contient des ex-voto, des stèles et des fragments de sculpture, des bustes, des lampes, des mosaïques….

Puis nous pénétrons sur le site. Nous suivons une longue allée pavée de grosses dalles de pierre, sur plus d’une centaine de mètres. De part et d’autre, cette allée est bordée par une petite muraille. En passant, notre guide nous fait découvrir les techniques de construction et de maçonnerie de l’époque.
De chaque côté, à perte de vue, nos yeux se portent sur la végétation herbacée, touffue, qui recouvre des vestiges en attente d’être mis au jour. Ce paysage semble désert. Où sont les monuments que nous attendons ? Nous n’en apercevons pratiquement aucun autour de nous…
Notre guide nous fait remarquer une ligne de pierres situées au milieu de l’allée que nous empruntons. Elles recouvrent une tranchée qui canalisait les eaux usées, ce qui prouve que la cité bénéficiait, dès cette époque, d’une forme de « tout à l’égout ».
Cette allée conduit au Forum, vaste place bien dégagée, dallée d’énormes pierres taillées. Ce dallage, bien conservé, s’étend sur 1 500 m2. Sur ses côtés, la place possédait un portique. Le Forum est associé, en retrait, au Capitole, qui est est assez mal conservé. Notre guide nous signale que l’on y a retrouvé une dédicace associant l’empereur à la triade romaine « Jupiter – Junon – Minerve ». .
Au fond, devant le Forum, s’élève le monumental Arc de Triomphe érigé en l’honneur de Trajan en 116, qui constitue l’un des fleurons du site. C’est à partir de là que la partie fouillée du site va se révéler à nous. Une tour de défense fut adossée à cet arc de triomphe, plus tard, à l’époque byzantine.

Des thermes ouest dits « du Capitole » ont été transformés ultérieurement, entre les IVème et VIème siècles, en église, avec trois nefs dont certaines avec deux absides, et un baptistère pour une totale immersion des baptisés.
Nous poursuivons notre cheminement vers les « Grands Thermes » dont on situe la construction entre la fin du IIème siècle et le début du III ème siècle et l’inauguration en 199.
Ils figurent parmi les plus importants de l’Afrique romaine. Leurs murs s’élèvent à plus de douze mètres, avec des arcs élevés au même niveau.. Leur superficie totale est de 4 400 m2 dont 225 m2 pour le seul frigidarium, qui constitue le centre du complexe avec sa piscine centrale. Le complexe comporte aussi une salle de sport. A l’époque byzantine, il sera transformé en fortin défensif et cerné alors par une muraille…
Les murs des « Grands Thermes » étaient recouverts de marbre, que l’on faisait venir de Carrare en Italie ou que l’on prélevait à Chemtou (porphyre), près de la frontière algérienne. Le sol était couvert de mosaïques, dont certaines sont toujours en place. Une partie de celles-ci a été prélevée et placée sur de grandes plaques en maçonnerie maintenues par une sorte de ferraillage, mais ce système de restauration et de préservation du patrimoine a été abandonné depuis. Désormais on laisse les mosaïques en place, en attendant de trouver un moyen de préservation plus simple, peu coûteux et plus efficace.
L’une de ces mosaïques célèbres a été transférée au musiée du Bardo de Tunis. Elle représente ‘Vénus au bain entourée de deux amours’

D’une façon générale, désormais, faute de moyens, on dégage les sites, on photographie les découvertes, puis on les recouvre de terre afin de les protéger en attendant de pouvoir réellement les prendre en charge

Arcades des « Grands Thermes du sud »

Notre guide nous fait remarquer une autre technique de construction romaine : afin de supporter la charge sur les linteaux des portes intégralement bordées d’énormes pierres, pour répartir et limiter la poussée, les bâtisseurs ont placés des pierres verticalement, en éventail, juste au- dessus des linteaux .
Mactaris comportait plusieurs thermes publics et les riches habitations comportaient aussi leurs propres thermes. Plus tard, certains thermes ont changé de destination et furent éventuellement transformés en églises.

Nous nous dirigeons maintenant vers la nécropole chrétienne, où nous découvrons une série de stèles, et poursuivons vers « la Scola Juvenes ». Il s’agit d’un bâtiment bien conservé, de l’époque de Septime Sévère, qui servait de lieu de réunion aux jeunes hommes. Il a été bâti sur l’emplacement d’un sanctuaire consacré à Mars. Il constituait un cadre de sociabilité où se retrouvaient les membres des associations d’intérêt public (piété, solidarité, souci de l’ordre public, sports, défense civique…).
Les vestiges présentent une cour à portiques, des pièces consacrées au culte, des sanitaires une salle de réunion, une salle de sports… Sa construction reprend une tradition hellénistique, la palestre quadrangulaire à péristyle.

« la Scola Juvenes »

A proximité, nous découvrons les vestiges d’un édifice circulaire à auges, qui a pu servir pour collecter l’impôt en nature.
Nous abordons maintenant l’amphithéâtre qui a fait l’objet d’une importante restauration, dans sa partie basse. Les gradins, où s’installait le public, ont disparu, mais on a pu mettre en évidence un dispositif unique de cages d’accès à l’arène pour les animaux.
Nous abordons maintenant les mégalithes, très anciens vestiges du site. Ils sont constitués de grosses dalles ressemblant à des dolmens, avec un espace central destiné au culte des défunts lors des cérémonies de dépôt des cendres. Ils servaient de lieux de sépulture collective.
Une chambre funéraire a été fouillée. On y a retrouvé un grand nombre de céramiques, qui ont été datées du début du IIIème siècle avant notre ère.

Les mégalithes

Le temple d’ Hathor Miskar présente des vestiges mal conservés. Il est bien connu du fait des importantes fouilles qui y ont été effectuées. Au centre du sanctuaire, les archéologues ont retrouvé un autel daté d’environ 100 av. J.C

VISITE DE KESRA
Nous prenons maintenant une route en lacets qui nous conduira à Kesra. Ce village berbère, situé à une dizaine de kms de Makhtar, est implanté à 1 100m d’altitude. C’est le plus haut village de toute la Tunisie. Il abrite aujourd’hui 2 500 habitants.
Le village se compose de deux parties très différentes.
1) Kesra l’ancienne bâtie sur les hauteurs, pour des motifs défensifs : Ses rues en escalier sont l’emblème du village. Elles datent de l’époque romaine. Des inscriptions puniques et latines sur les murs de certaines maisons font remonter la fondation de la petite cité bien plus loin dans le temps.
Kesra présente des monuments mégalithiques, dont certains ont conservé leur couverture de pierres originelle, ainsi que des tombeaux anciens taillés à même le roc. Sa forteresse quadrangulaire, ses remparts, une tour, datent de l’époque byzantine. L’architecture du village, ainsi que les matériaux utilisés, évoquent les villages moyenâgeux.

La vue, depuis les hauteurs, sur les champs, les lacs, les forêts de pins, les vergers d’oliviers ou de figuiers, est d’une beauté à couper le souffle.
Nous noterons au passage que les vergers des alentours sont irrigués par une vingtaine de sources grâce à un système de canalisation original.

Escalier à Kesra

Des sources jaillissent au milieu du village, surgissant des profondeurs de la roche.
2) La ville nouvelle de Kesra, située en contrebas, où s’opère actuellement l’extension du village. Il est plus facile d’y bâtir aujourd’hui, sur des terrains stables, faciles à lotir et à pourvoir de toutes les facilités indispensables dans notre monde moderne. (eau, électricité, réseaux d’égouts…), plus accessibles pour les déplacements familiaux ultérieurs.
Nous faisons une pause et pique-niquons, tout en admirant ce paysage magnifique…
Puis nous nous lançons à l’assaut des marches qui nous conduiront au musée du patrimoine.
.Le musée du patrimoine de Kesra illustre trois thèmes :
a) les traditions populaires : habits traditionnels, travail artisanal et quotidien des femmes (poterie, tissage, préparation des repas dans la cuisine)
b) les coutumes locales en matière de rites de passage de la naissance à la mort (habits du nourrisson, circoncision, mariage…)
c) les bijoux berbères et leur symbolique.

Kesra est célébre pour la saveur exceptionnelle de ses figues. Nous nous laissons tenter par l’achat de confitures de ce fruit délicieux.
Nous terminerons ce compte- rendu en rappelant que le nom de « kesra » suggère une forme de pain locale, dont nous trouverons ci-dessous une recette qui se veut traditionnelle.

GUIDE DE PRÉPARATION : KESRA TUNISIE
Pour 4 Pers.
INGRÉDIENTS
1 kg de semoule moyenne
1 c. à soupe de levure de boulanger
1 verre d’eau tiède
½ verre d’huile d’olive
1 c. à café de sel
PRÉPARATION
ÉTAPE 1 Diluez la levure de boulanger avec l’eau tiède dans un bol. Couvrez-le et laissez reposer dans un endroit chaud pendant une dizaine de minutes.
ÉTAPE 2 Tamisez la semoule au- dessus d’un saladier. Ajoutez le sel ainsi que l’huile d’olive. Mélangez bien le tout. Creusez un puits au centre et versez lentement le mélange de levure et d’eau. Pétrissez la pâte en ajoutant un peu d’eau si besoin. Vous devez obtenir une pâte souple et homogène.
ÉTAPE 3 Divisez la pâte en petites boules. Déposez-les sur un torchon propre et laissez-les reposer pendant 15 min. à température ambiante.
Faites chauffer une poêle avec un peu d’huile d’olive. À l’aide d’un rouleau à pâtisserie, abaissez les portions de pâte en forme de galettes. Piquez-les avec une fourchette et laissez encore reposer 5 minutes.
ÉTAPE 4 Faites cuire chaque kesra dans la poêle 5 minutes de chaque côté. Au fil de la cuisson, enveloppez les galettes dans un torchon propre afin qu’elles restent bien chaudes.